En nous beaucoup d'hommes respirent

http://www.alexbouquineenprada.com/2018/09/en-nous-beaucoup-dhommes-respirent.html#more
Autrice : Marie-Aude Murail
Éditeur : L'Iconoclaste
Date de parution : 29 août 2018
Nombre de pages : 440
Ma note : 3,75/5

En craquant le dos de ce livre que j’appelais de mes vœux depuis de longs mois, je ne m’attendais absolument pas à mettre le pieds dans l’intériorité brute et sans fard de mon autrice de littérature jeunesse favorite. Balayer cent ans d’histoire familiale, oui. Aborder la Grande Guerre avec ses grands-parents et leur terrible coup de foudre, oui. Découvrir les pulsions créatrices de son père, poète un peu maudit, oui. Mais décortiquer sa vie de jeune fille amoureuse, ses remises en cause lors de ses premiers rapports sexuels et son rapport ambivalent à la maternité, j’avoue que je n’étais peut-être pas tout à fait prête à en apprendre tant. Sottement, j’ai sûrement été surprise d’effleurer ce côté sombre, écorché et maladroit qui donne pourtant toute sa saveur et son authenticité à son écriture.

Comme le titre le laisse présager, En nous beaucoup d’hommes respirent est une saga familiale très touchante, honnête et habitée qui permet d’entrecroiser destins atypiques et réflexions profondes au fil des pages. Tout d’abord très effacée face aux personnages du passé, Marie-Aude Murail s’épaissit et prend forme au fur et à mesure, jusqu’à dévoiler son enfance rêveuse, son rapport à la création, les liens qu’elle entretenait avec sa fratrie, mais aussi avec ses parents. La manière dont la mémoire est abordée est sans doute ce qui a le plus fait écho en moi, ce qui m’a le plus touchée. Quelle part notre héritage familial occupe-t-il dans notre développement ? Comment les souvenirs s’imposent, hantent ou échappent-ils à ceux qui restent ?

Autant vous prévenir tout de suite, si vous êtes un peu nostalgique ou mélancolique, 
ce livre va vous donner du grain à moudre ! 

Entre intertextualité, questionnements sur l’injonction créative (existe-t-on réellement si l’on ne crée pas ?), portraits vibrants d’humanité et prose tantôt douce, nostalgique, factuelle ou hallucinée, ce récit polymorphe a dérouté la lectrice que je suis. J’ai parfois été terriblement frustrée de ne pas réussir à saisir les tenants et aboutissants contenus dans certaines anecdotes (polyamour, maternité, troubles sexuels), mais ces instants de déroute étaient contrebalancés par une connivence sincère et espiègle instaurée par Marie-Aude Murail.

Une fois ce livre refermé, je me suis avouée que s’il avait été écrit par n’importe quel autre auteur, il me serait sans aucun doute tombé des mains. Le rythme inégal, les anecdotes jetées parfois pêle-mêle au fil des réminiscences et l’opacité de certains épisodes m’ont un peu malmenée, mais c’est avec un plaisir presque dévot que je me suis agrippée à cette narratrice hors-pair. Une autobiographie richement documentée et honnêtement menée que je vous invite à feuilleter si le cœur vous en dit.

C'est étrange quand même, d'osciller entre déception, déroute et satisfaction... 
Ça vous arrive, parfois ?