Celle qui venait des plaines

http://www.alexbouquineenprada.com/2018/05/celle-qui-venait-des-plaines-charlotte.html
Autrice : Charlotte Bousquet
Éditeur : Gulf Stream
Date de parution : 12 octobre 2017
Nombre de pages : 360
Ma note : 4,5/5
 
Celle qui venait des plaines est un roman qui a rejoint ma bibliothèque un peu par hasard après avoir rencontré Charlotte Bousquet aux Halliennales en octobre dernier. Il faut bien avouer que la conquête de l’Ouest, les cowboys, les Westerns et autres œuvres où éperons, gâchettes, pendaisons, musiques stridentes et boules de poussière se côtoient, ce n’est pas franchement ma tasse de thé.

Alors autant vous dire qu’en ouvrant ce livre, j’étais totalement perdue, désorientée et un brin déçue. Je ne comprenais pas ce que je lisais ! Longue liste de personnages, extraits d’un roman pris en pleine action, morceaux de journal intime lapidaires, pauses oniriques qui parlent d’un cheval de brume : ce mélange hétéroclite d’informations m’a totalement assommée. Pour ne rien arranger, la plume de l’autrice me donnait l’impression de trop en faire, de se perdre dans une prose trop richement ornée.

Mais lorsque Winona entre en scène, lorsque cette Sioux qui vit seule au bord de l’océan avec ses bêtes commence à nous ouvrir les portes de son passé, je suis tombée tête la première. J’ai été happée par ce récit dur, puissant et sans concession qui parle d’identité, de mythes, de vengeance, de résilience, de transmission et de massacres perpétrés au nom de la civilisation. Viol, maltraitance, meurtres, errance, manipulation, fuite, alcoolisme, folie et noirceur se mêlent pour dresser le portrait d’une époque impitoyable et rude.

Ce roman est une mine d’informations sur les conditions de vie sur le continent américain à la fin du XIXe siècle. Entre conquête de l’Ouest, annihilation des cultures et des civilisations indiennes, condition féminine et esclavage, ce récit intense est riche, sincère, dur et furieusement immersif. De parfaits moments de grâce viennent sublimer une narration efficace et bien pensée.

Ce récit d’aventure est un vibrant témoignage des atrocités commises au nom du progrès et démontre à quel point vouloir imposer ses croyances peut être injuste et destructeur. L’évolution du narrateur est d’ailleurs très belle à observer. J’ai beaucoup aimé voir les convictions de ce jeune journaliste en quête de vengeance s’ébranler, s’effriter et se dissoudre au fur et à mesure.

Celle qui venait des plaines est un roman historique féministe et engagé qui ouvre avec panache la porte de l’univers de Charlotte Bousquet et je ne saurai que trop vous recommander de vous laisser tenter à votre tour ! En attendant, je vous souhaite de merveilleuses rencontres de papier, et je vous dis à très vite.