Eliza et ses monstres

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Auteur : Francesca Zappia
Éditeur : Robert Laffont
Date de parution : 18 janvier 2018
Nombre de pages : 400
Ma note : 5/5

Attrapez-vous une tasse de thé bien chaud et quelques petits gâteaux, je vous embarque avec moi dans une lecture qui vaut clairement le coup d’œil !

Mais de quoi est-ce que ça parle d'abord ?

Eliza Mirk n’est pas laide, elle n’est pas harcelée à l’école, elle n’est pas malade, ses parents ne sont ni morts ni divorcés et ses frères, bien que très bruyants, ne sont pas méchants pour un sou. Eliza Mirk est timide, autonome et terriblement secrète. Hyper-connectée, la jeune fille est également la créatrice de La Mer des monstres, une bande-dessinée au succès interplanétaire qui a sut cristalliser une gigantesque communauté. Mais cela, personne ne le sait puisqu’elle signe ses planches sous le nom de LadyConstellation. Influente et entreprenante sur le net, Eliza est pourtant incapable d’interagir correctement avec les autres dans le monde réel. Déconnectée de son corps et de sa famille, l’arrivée d’un grand garçon sensible, réservé et follement attachant va faire éclater toutes ses certitudes et repères. 

Le thème central de ce roman à la narration très douce et feutrée n’est pas sans rappeler celui de Fangirl, le livre doudou écrit par Rainbow Rowell qui avait ému la blogosphère. Entre timidité, création sous pseudo et interaction sur les réseaux sociaux, les deux univers ont effectivement quelques points communs. Mais ne laissez pas ces quelques similitudes vous faire peur, vous passeriez à côté d’une merveilleuse lecture ! J’ai été totalement éblouie par la richesse, la profondeur, la douceur et l’émotion qui se dégagent de ce roman. 



Pourquoi est-ce que je suis aussi enthousiaste ? 

Francesca Zappia tisse avec une habileté et une finesse folles un récit adolescent juste, émouvant et déculpabilisant à découvrir absolument. Quel traitement extraordinairement humain de l’adolescence et ses méandres nébuleux ! Je ne peux qu’applaudir la dextérité de la mise en scène du rapport qu’entretient Eliza avec son corps. La jeune fille, pelotonnée dans cette intériorité mentale rassurante et foisonnante qui est la sienne, n’a aucune conscience de sa matérialité : elle qui voudrait vivre dans ce monde évanescent au cœur duquel elle se sent à l’aise et protégée va pourtant être rappelée  peu à peu dans le monde concret par ce corps qui commence à s’exprimer, ce corps qui transpire, qui palpite et qui s’éveille au désir.

Mais le talent de conteuse de l’autrice ne s’arrête pas ici, oh non ! Ce livre, c’est un peu Noël : vous avez des petits paquets partout qui n’attendent que vous pour être ouverts et savourés. Comme je suis une gentille fille, je ne vais pas vous en dresser une liste exhaustive, histoire de vous laisser quelques surprises, mais je peux vous citer quelques exemples qui valent le détour, à commencer par les réflexions sur la passion et le sens à donner à sa vie.

Francesca Zappia traite à merveille cet âge entre-deux durant lequel nos goûts et nos passions s’affirment et sont pourtant immédiatement muselés par l’école, le marché du travail et toutes les pressions exercées sur les adolescents par la société, l’entourage et la famille. Le personnage de Wallace est très précieux pour aborder cette épineuse question : que faire lorsqu’on est contraint de choisir entre sécurité et épanouissement ? Et comment choisir ? Comment prendre son indépendance face à une famille qui ne partage pas notre vision du monde ? À mes yeux, ce livre est un médiateur et un guide subtil à mettre entre toutes les mains !

Quoi ? Vous êtes encore en train de me lire ? Vous n’êtes pas en train de vous ruer en librairie ? Il vous en faut encore pour vous convaincre ? Vous êtes durs en affaire, mais je m’exécute avec grand plaisir : faites-moi confiance, vous allez craquer !

J’enchaîne donc sur le traitement extrêmement intelligent et déculpabilisant de la différence : on peut parfaitement s’épanouir en dehors des sentiers battus ! N’est-ce pas un message hyper positif à faire passer aux jeunes qui se sentent coincés et incompris dans cette période délicate de leur vie ?

Ce roman aborde également la question de l’incompréhension qui s’installe souvent entre parents et adolescents, notamment à cause de l’émergence des nouvelles technologies. Comment comprendre les problématiques liées aux réseaux sociaux lorsqu’on a grandi sans ? Comment protéger ses enfants sans tomber dans la paranoïa ?

Bon, cette chronique est déjà beaucoup trop longue, alors je vais me contenter de mentionner en vrac la question de la création, du stress, de la pression de la réussite, de la peur viscérale de l’échec, des liens tissés dans une fratrie, de la notoriété et de l’importance de la persévérance. L’autrice nous rappelle enfin que l’échec est salutaire, fécond et que grandir, c’est apprendre à tirer profit de nos erreurs et à ne pas laisser la peur d’échouer gâcher notre plaisir de créer et d’entreprendre.

Alors si avec tout ça, vous n’avez toujours pas envie de mettre le nez dans Eliza et ses monstres, je ne sais plus quoi faire pour vous. Je renonce, je tire ma révérence. Pour les autres, je vous souhaite un merveilleux voyage en compagnie d’Éliza et de Wallace !